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Spotify cède face à l’IA, et prend une mesure complètement inattendue

Après des mois à minimiser le problème des faux artistes générés par IA, Spotify change brusquement de discours.

Personne ne l’avait vu venir, et c’est bien ça le plus surprenant. Depuis le scandale Blaze Foley, ce chanteur country mort en 1989 dont la page Spotify avait accueilli sans broncher un morceau généré par IA pendant des mois, la plateforme suédoise s’était surtout illustrée par sa gestion réactive et défensive du sujet, retirant des titres après coup plutôt que d’agir en amont. Ce mardi, changement de ton radical : Spotify annonce « AI Persona », un label censé signaler aux auditeurs qu’un profil d’artiste repose sur une identité entièrement fabriquée par l’intelligence artificielle plutôt que sur une personne réelle.

Une mesure qui ressemble à un aveu

Le simple fait que Spotify se sente obligé de créer une catégorie dédiée aux fausses identités d’artistes en dit long sur l’ampleur qu’a pris le phénomène. Jusqu’ici, l’entreprise avait plutôt tendance à traiter chaque affaire comme un cas isolé, sans jamais reconnaître qu’il s’agissait d’un problème structurel. Avec AI Persona, elle admet l’inverse : le phénomène est suffisamment massif et installé pour justifier un dispositif permanent.

Concrètement, à partir de la mi-septembre, ce badge apparaîtra sur mobile directement sur la bannière du profil concerné, dans la section « À propos », dans les résultats de recherche et sur les titres de playlists. Dès le 11 août, les artistes peuvent eux-mêmes déclarer leur profil comme AI Persona, tandis qu’un processus de vérification humaine, appuyé par des outils d’investigation IA, viendra identifier les profils suspects.

Une sanction en trompe-l’œil

La musique estampillée AI Persona sera exclue par défaut des recommandations personnalisées. Pour le reste, c’est à peu près tout. Le morceau restera disponible à l’écoute, et surtout monétisé dans les mêmes conditions que n’importe quel autre titre du catalogue. Dans sa communication officielle, il n’est pas question de couper la rémunération de ces contenus, ni de les retirer en cas de fraude avérée.

Cette timidité devient d’autant plus frappante quand on la compare à ce que fait Deezer depuis un an et demi sur le même sujet. La plateforme française détecte automatiquement les titres générés par IA depuis janvier 2025, les étiquette depuis juin 2025, les exclut des recommandations et des playlists éditoriales, mais va surtout beaucoup plus loin sur le terrain qui fait mal : la démonétisation des streams frauduleux, qui a concerné jusqu’à 85 % des écoutes générées par des titres IA en 2025. Dans un message adressé à la rédaction, Deezer indique avoir même vendu sous licence sa technologie de détection à des organismes comme la Sacem depuis janvier dernier.

Chez Spotify, le dispositif AI Persona préserve soigneusement les intérêts économiques de l’entreprise : tant qu’un titre IA génère des écoutes, même hors recommandations personnalisées, il continue de rapporter de l’argent à la plateforme via les abonnements Premium.

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